Certaines pièces gardent l’écho du temps. Des murs qui ont vu passer des rois, des promesses et des silences. Au Parador de Chinchón, l’une d’entre elles s’ouvre comme un reliquaire : la chambre 140, connue sous le nom de chapelle de Philippe V. À l’intérieur, l’histoire et la sérénité s’entremêlent pour offrir au voyageur plus qu’un simple repos : une expérience où la mémoire du passé devient partie intégrante du présent.
Chinchón, l’essence d’un temps suspendu

À un peu plus de quarante kilomètres de Madrid, Chinchón conserve intacte son essence castillane. Son paysage aux tons bruns, gris et ocres dessine un décor où le temps semble s’écouler plus lentement. Depuis les collines descendent des grappes de maisons blanchies à la chaux qui se regroupent autour de sa célèbre Plaza Mayor, l’une des plus belles et des plus singulières d’Espagne, où des balcons verts et des arcades en bois encadrent le cœur du village.

En 1974, le centre-ville de Chinchón a été déclaré ensemble historique et artistique. Depuis lors, son nom est devenu synonyme de patrimoine et d’hospitalité. Cette reconnaissance a marqué le début d’une nouvelle ère : l’essor du tourisme culturel et gastronomique, l’arrivée de voyageurs en quête d’authenticité et, bien sûr, la consolidation du Parador de Chinchón comme son meilleur hôte.
Philippe V, l’écho de l’histoire et la chambre 140
L’histoire de Chinchón est liée aux grands événements de la monarchie espagnole. En pleine guerre de Succession, la ville soutint loyalement le jeune Philippe V, et le 3 août 1706, le roi fut acclamé sur la Plaza Mayor. Depuis lors, la relation entre la ville et le premier Bourbon d’Espagne resta gravée dans la mémoire locale.

Au fil des siècles, cette histoire de fidélité s’est enveloppée d’une aura de légende. Ainsi, entre souvenir historique et évocation romantique, est né le lien qui donne aujourd’hui son nom à une chambre très spéciale du Parador : la chapelle de Philippe V, ainsi nommée en hommage au monarque qui trouva à Chinchón le soutien et le calme que son époque lui refusait.
La chambre 140 du Parador de Chinchón se trouve dans ce qui était autrefois l’église de l’ancien couvent des Augustins. Ses murs en pierre, ses plafonds voûtés et la lumière qui filtre par le haut conservent l’atmosphère solennelle du temple d’origine.

L’espace, restauré dans le plus grand respect de son histoire, allie la sérénité de l’ancien à l’élégance contemporaine. Les peintures qui ornent les murs, aux tons doux et aux thèmes spirituels, dialoguent avec la pierre et le bois, évoquant l’essence contemplative du couvent. Au centre de la pièce, une grande baignoire aux formes arrondies s’impose comme la pièce maîtresse.

Dormir dans cette chambre, c’est dormir à la frontière entre deux époques. L’histoire bat sous chaque pierre, mais le confort moderne rend l’expérience unique.
Le Parador de Chinchón
Le Parador de Chinchón occupe l’imposant couvent augustinien du XVIIe siècle, un bâtiment qui a conservé intacte sa beauté d’origine : le cloître fleuri, les galeries voûtées et les couloirs en pierre qui murmurent des siècles d’histoire. L’ensemble reflète l’âme des Paradores : l’harmonie entre patrimoine, art et hospitalité.

Outre son charme monumental, le Parador est une destination pour les sens. Chaque automne, depuis 27 ans, il célèbre ses traditionnelles Journées du Cocido de Taba, qui commencent le 1er novembre, coïncidant avec le pont de la Toussaint. Cette recette authentique du village est servie au restaurant El Bodegón, un espace qui occupe l’ancienne cave du couvent. Sous ses voûtes, entre nappes à carreaux, vaisselle en terre cuite et murs ornés de peintures costumbristas, le convive profite d’un voyage dans la tradition la plus authentique.

Le Parador de Chinchón est donc bien plus qu’un simple hébergement : c’est une histoire vivante, un art habitable et une célébration constante de la culture castillane. Et dans sa chambre 140, la légende de Philippe V continue de respirer, discrète et majestueuse, entre les échos de la pierre et la sérénité du repos.