Le voyage commence bien avant de passer la nuit entre ses murs médiévaux : il débute dès le passage de ses tours.
Une entrée conçue pour impressionner… et défendre
Arriver à Alarcón, ce n’est pas simplement entrer dans un village. C’est entrer dans une stratégie militaire d’une remarquable ingéniosité qui, au Moyen Âge, faisait de cette cité une forteresse pratiquement imprenable.

Le parcours s’ouvre sur la présence imposante de la Torre de Armas (Tour des Armes), également appelée Torre del Campo (Tour du Champ), à la fois isolée et vigilante. Elle constituait un premier avertissement : à partir de ce point, tout était sous contrôle.

Un peu plus loin, dans l’étroit passage reliant le village à l'extérieur, se dresse la Torre de Enmedio (Tour du Milieu), ou Torre del Calabozo (Tour du Cachot). Ici, l'accès se resserre, devient plus maîtrisé, plus stratégique.
Rien n'est laissé au hasard. Chaque tour imposait de s'arrêter, de bifurquer, de s'exposer. En cas d'attaque, la progression de l’ennemi se trouvait ralentie, tandis que les défenseurs prenaient l'avantage. C'était de la pure intelligence militaire façonnée dans la pierre.

Bien qu'il s'agisse de l'accès principal, Alarcón disposait d'autres entrées essentielles, venant parfaire un système défensif d’une remarquable sophistication.
Au sud, la Puerta de Chinchilla assurait le contrôle des voies terrestres. Au nord, la Puerta del Río, également appelée Puerta del Pilar, surveillait le passage près de l’eau. Et, à proximité du château, l’évocatrice Puerta de la Traición offrait une issue discrète en cas de siège.
Chaque accès avait sa fonction. Chaque élément s’intégrait dans un dispositif parfaitement coordonné.
Trois remparts… et un château qui domine tout
Mais le plus saisissant arrive ensuite : Alarcón ne possédait pas qu’un seul rempart, mais trois remparts fortifiés successifs, renforcés de tours et parfaitement adaptés au relief rocheux que dessine le méandre du fleuve.

Le résultat : l’un des systèmes défensifs les plus complets de l’Espagne médiévale. Et pour couronner le tout, le château, aujourd’hui transformé en Parador. Cet édifice conserve plus de treize siècles d’histoire : de forteresse préromaine à citadelle arabe, puis bastion chrétien après la conquête de 1184, ses murs ont été les témoins silencieux de siècles d’histoire.
Son imposante Torre del Homenaje (Tour de l'Hommage), visible de loin, ne symbolisait pas seulement le pouvoir : elle constituait aussi le dernier refuge en cas de siège.
Dormir au cœur d'une forteresse royale
Ce qui fascine, c'est que tout ce système défensif demeure vivant aujourd'hui. En franchissant les portes du Parador de Alarcón, vous pénétrez en réalité le dernier maillon de ce dispositif défensif : le cœur même du château. Sa cour intérieure, ses murs de pierre et sa position dominante sur le fleuve Júcar vous placent exactement là où s'arrêtait la défense. Dormir ici, c'est s’immerger dans l'histoire et vivre une expérience tout simplement unique.

Une forteresse conçue en harmonie avec le paysage
Et ce n’est pas tout. Alarcón ne s’est pas édifié uniquement en pierre : la nature y joue un rôle déterminant. Le Júcar entoure la ville en formant une péninsule, de sorte qu’en contrôlant un seul accès terrestre, tout l’ensemble était sécurisé.p>
Un château, trois remparts, plusieurs tours… et un fleuve transformé en douve naturelle. Ce n’était pas seulement de l’architecture : c’était de la stratégie, de l’ingéniosité, une véritable vision du territoire.

La prochaine fois que vous franchirez ses portes, prenez un instant pour vous arrêter. Admirez les tours, les remparts, le paysage. Car vous ne pénétrez pas simplement dans un village : vous parcourez le même chemin qu’empruntaient, il y a des siècles, armées, chevaliers et rois. Et tour après tour, pas après pas, vous comprendrez pourquoi Alarcón semble toujours aussi imprenable.